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 Toutes les familles ont des secrets.

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Le Poulay
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Date d'inscription: 27/08/2007

MessageSujet: Toutes les familles ont des secrets.   Lun 27 Aoû - 21:23

Toutes les familles ont des secrets. La mienne n’échappe pas à la règle. Le jour de mes dix-sept ans, j’ai appris le nôtre, celui qui unissait toutes les filles Klein (la famille de ma maman). Au début, cela me paraissait impossible. Puis, plus j’y pensais, plus je trouvais que cela expliquait pas mal de situations étranges. Par exemple les petits mots échangés entre mes tantes, les rendez-vous secrets de ma mère chaque mois, et surtout que personne ne pouvait aller dans les greniers familiaux.
Je vis dans une petite famille. Mon grand-père est mort avant ma naissance et sa veuve habite dans une grande maison qui ressemble à un manoir hanté. Ma mère a quatre sœurs. Marie-Noëlle, Annick, Christine et Isabelle. J’ai quatre cousins (Cédric, César, Raphaël, Thibault) et une cousine. J’ai également deux frères : Jean et Mathieu. Depuis toujours, nous sommes tous les huit inséparables.
Un jour de réunion de famille ma grand-mère nous emmena ma cousine Sandrine et moi dans le grand salon. Toutes mes tantes, ainsi que ma mère, étaient là. Elles nous regardaient calmement en souriant. Bonne-maman se retourna et me dit ces quelques mots que je n’oublierai jamais :

- «Emilie, tu viens d’avoir dix-sept ans, tu es maintenant en âge de connaître la vérité sur ta famille. Tu dois savoir que nous ne sommes pas une famille tout à fait ordinaire. Voilà, nous sommes des sorcières et si tu le souhaites, tu peux en devenir une aussi ».
La phrase résonnait dans ma tête, je la sentais se heurter aux parois de mon crâne. « Nous sommes des sorcières. Nous sommes des sorcières. Nous sommes des sorcières ». Un mot – que je ne compris pas - me fit retomber sur terre. Tout doucement, mes lèvres se sont mises à articuler quelque chose.
- «Je veux bien ».
Bonne-maman nous dit qu’il nous faudrait rester chez elle après la réunion. Ce qui est curieux, c’est que j’avais toujours cru que les noms des sorcières devaient finir par « a ». Hors, il n’y a personne dans ma famille qui ait ce genre de prénom. On m’expliqua que pour une certaine raison nous ne pratiquions pas ce genre de « rituel ». Mais au lieu d’écouter l’explication, j’analysais ma nouvelle situation. Etre une sorcière me rendait extrêmement heureuse et fière mais une grosse peur m’occupait également. Je ne connaissais rien de la magie et, connaissant ma maladresse naturelle, je craignais de faire quelque chose de travers.
Sandrine, qui a un an de plus que moi, a accepté d’attendre que je connaisse le secret pour aller à l’école de magie. Heureusement, ce n’est pas une école comme dans Harry Potter, les cours se déroulent le mercredi après-midi comme toute occupation normale. Là-bas, l’année scolaire commence en janvier et comme mon anniversaire est en novembre, j’avais deux mois pour me familiariser avec le monde de la magie et les vacances étant proches, j’allais avoir tout le temps pour y arriver.
La réunion familiale terminée, les hommes sont retournés chez eux. Je pensais que mes cousins Raphaël et Thibault allaient rester. Comme ils sont plus âgés que moi, ils doivent également être au courant du secret. Maman me dit que seules les femmes étaient de véritables sorcières, les hommes ne possédaient que des dons particuliers qu’ils acquièrent lors de leur douzième anniversaire. Raphaël, par exemple, avait le don de prémonition. Il pouvait voir tout jusqu’à trois secondes à l’avance. Thibault avait des visions qui lui permettaient de résoudre des problèmes. Cédric pouvait remonter le temps et revenir une semaine en arrière. Jean possédait une véritable encyclopédie en tête. Mathieu était capable de se transformer en fille et César pouvait se changer en n’importe quel homme. Ils ont tous passé les douze ans, pourquoi ne m’ont-ils jamais rien dit à propos de leurs dons ? C’est sûrement comme ça que l’on s’aperçoit que l’on a grandi. Ils ne sauront pas non plus pour mon secret.
Bonne-maman nous présenta le programme de la soirée. Nous allions passer toute une série d’épreuves qui nous permettraient de découvrir quel était notre pouvoir principal. Chez les sorcières, il y en a trois différents : la méditation, l’incantation et la matérialisation. La méditation permet de concentrer son énergie et de la partager avec les autres, elle sert aussi à former des boucliers pour se protéger ou à arrêter les temps pendant un court instant. La matérialisation peut donner à son utilisateur la capacité de créer des objets ou de se télé porter. L’incantation permet de jeter des sorts de toutes sortes. Appartenir à une certaine catégorie indique juste notre point fort, on doit également apprendre à se servir des autres pouvoirs.
Après la présentation, on nous amena Sandrine et moi à la première épreuve. Elle consistait à s’assoire les jambes croisées au centre d’un pentacle -le symbole des sorcières- et de se concentrer.

- « Cela aide à capter et à canaliser votre énergie » expliqua Bonne-maman.
Pour réussir, il fallait qu’au bout du temps imparti, nous nous sentions rassasiées et en pleine forme. Cela voudrait dire que nous aurions capté notre maximum d’énergie. Après nous avoir expliqué toute la procédure, Bonne-maman nous laissa seules dans la salle de méditation du grenier. Après plusieurs minutes, je commençais enfin à sentir comme une douce chaleur se faufiler dans chaque recoin de mon corps et, en même temps, mon estomac semblait se remplir petit à petit. A la fin du temps accordé, ni Sandrine ni moi ne ressentions complètement la sensation qui nous avait été décrite plus tôt. Bonne-maman et Annick semblaient un peu déçues, mais les autres avaient l’air de se réjouir. Il était maintenant temps de passer à la deuxième épreuve.
Une demi-heure après, Christine vint nous chercher, nous emmena dans une autre pièce du grenier et nous demanda d’attendre là. Un instant plus tard, maman et Christine revinrent et nous donnèrent à chacune un jeu de trente cartes. Christine nous demanda d’en choisir une qui serait notre privilégiée, il fallait donc bien la choisir. J’observais chaque carte à son tour jusqu’au moment où une attira mon attention. Elle représentait un grand démon mauve et cornu, portant une armure faite d’un squelette. Je n’arrivais pas à détourner mon regard de cette carte, une petite voix me disait de choisir celle-là et aucune autre. Alors que j’hésitais encore, maman passa derrière moi et -pensant que je l’avais déjà choisie- me dit que c’était un excellent choix, qu’il était un démon de niveau 5 (le maximum étant de 6) et qu’il possédait de nombreux pouvoirs. Ces paroles ne firent qu’approuver la petite voix qui me suppliait presque de la choisir. Maintenant que j’avais choisi ma carte, il fallait lui trouver un surnom. Un nom était déjà apposé dans un cadre de couleur sable « Squelette Démoniaque ». Un autre cadre situé juste en - dessous était vide. Quel nom lui donner ? J’ai regardé une fois encore la photo du démon. Ses cornes et son petit air cruel me firent tout de suite penser à Méphisto et comme c’était également un de mes surnoms avec mes amies, j’ai décidé de lui donner un joli diminutif, Meph. Aussitôt, des lettres commencèrent à remplir le petit cadre vide et formèrent le nouveau nom de ma carte. Sandrine avait opté pour une jolie petite magicienne rose et l’avait nommée Luna.
Nos favorites élues, Christine pouvait nous apprendre la formule d’invocation et nous montra comment procéder. Après la démonstration, c’était à nous de jouer. Bien positionnée devant la carte posée à terre, les bras le long du torse et les genoux et les coudes légèrement pliés, la paume de la main dirigée vers le ciel. A la fin de l’incantation, il fallait tendre les jambes et former un angle droit avec les coudes. En répétant les gestes, je me repassais la phrase à prononcer en tête :
« Squelette Démoniaque obéis-moi, sors ». Vint enfin le moment décisif, j’allait devoir persuader le monstre de sortir de sa carte. J’étais prête à commencer. J’ai fermé les yeux et ai commencé à réciter l’incantation. En mettant les gestes en application, j’ai ressenti une drôle d’impression : c’était comme si je soulevais un poids de 100 Kg. Et puis j’ai senti un regard se poser sur moi, j’ai ouvert les yeux et vu mon démon face à moi qui me regardait avec un petit air méfiant. Je me suis doucement approchée de lui, hésitante. Il avait l’air de se demander ce que je fabriquais et, tout à coup, me dit calmement que je n’avais rien à craindre de lui tant que je ne le mettais pas à bout. Soulagée, je lui ai souri amicalement. Il avait l’air d’être toujours calme et très gentil, il m’avertit quand même qu’il avait un sale caractère. Cela me convenait parfaitement car j’ai toujours apprécié les personnes comme ça. Il me demanda si je lui avais choisi un surnom.
- « Oui, dis-je, Meph ça te convient ? »
Il accepta le surnom d’un coup de tête. Pendant que Sandrine essayait d’invoquer Luna, je discutais avec Meph. On avait beaucoup de points communs tous les deux. J’étais un peu étonnée de constater que nous nous entendions si bien alors que l’on ne discutait que depuis 5 minutes. Cela me perturbait tellement que j’ai été demander à Christine ce qu’elle en pensait. Elle répondit que c’était normal car le jeu de cartes magiques n’était pas choisi à la légère. Il fallait plusieurs semaines au vendeur pour analyser les monstres et correspondraient mieux à la personnalité de leur futur propriétaire. Une carte, c’est un peu comme une baguette magique dans Harry Potter, à chaque sorcière la sienne.
Alors que Sandrine avait enfin réussi à faire sortir sa magicienne, maman nous prépara pour la troisième épreuve.
Elle nous demanda de matérialiser un objet en nous servant de notre énergie. Pour ce faire, il suffisait de penser à quelque chose, puis de se concentrer et enfin de « façonner » notre énergie afin de lui donner l’aspect de l’objet, comme si c’était de la pâte à modeler.
Tout en nous expliquant, maman sculpta une très jolie rose rouge déjà magnifiquement épanouie. Elle était douce et embaumait la pièce d’un parfum délicieux.
La première image qui me vint à l’esprit était mon chat, Guisou. C’était un beau chat tigré blanc et gris.
Pendant que je m’efforçais de copier mon chat, Sandrine se mit au travail. Quelques minutes plus tard, elle était arrivée à créer une si belle pomme rouge qu’on aurait eu envie de la croquer et en même temps, on en aurait eu peur tant elle ressemblait à celle de Blanche-Neige.
Par contre, mon chat ressemblait plus à un Frankenstein félin qu’à mon Guisou ! Il avait des yeux complètement sortis de leurs orbites, un nez sur le côté, sa mâchoire était assez importante et dirigée vers l’avant. Je fus un peu déçue, car cela avait l’air assez facile, mais comme chacun le sait, rien n’est jamais facile dans la vie, et surtout pas la magie.
Après avoir réussi à améliorer un peu ma créature, on nous annonça que l’on pouvait enfin prendre une pause bien méritée avant de commencer la quatrième épreuve. J’en ai profité pour aller rejoindre Meph, qui n’avait toujours pas réintégré sa carte et qui, à mon arrivée, était plongé en plein fou rire. Je lui ai demandé pourquoi il riait ainsi et il me répondit ironiquement qu’il avait adoré ma matérialisation du chat de Frankenstein. Il rentra bien vite dans sa carte avant que j’aie eu le temps de lui répliquer quelque chose.
Une demi-heure plus tard, Marie-Noëlle arriva et nous prévint que l’épreuve allait commencer, celle de la téléportation. Elle commença la démonstration en précisant que c’était plus simple pour celles qui accomplissaient facilement l’épreuve de la matérialisation mais que c’était accessible à tout le monde. La téléportation exigeait d’abord de connaître l’endroit où l’on voulait atterrir, le visionner, ensuite bien se concentrer et enfin, fermer les yeux et attendre quelques instants. Sandrine, évidemment, y arriva très vite et se téléporta d’une pièce à l’autre pendant plusieurs minutes. Pour mon premier essai, j’ai pensé à la chambre de Bonne-maman, située juste en dessous de nous.
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MessageSujet: Re: Toutes les familles ont des secrets.   Lun 27 Aoû - 21:24

Lorsque j’ai ouvert les yeux, j’ai découvert une pièce que je ne connaissais pas. En regardant par la fenêtre, j’ai vu une grande étendue de neige avec des enfants qui jouaient. Cinq petites filles faisaient une bataille de boules de neige pendant que leurs parents les regardaient en souriant. J’ai tout de suite reconnu la mère : c’était Bonne-maman mais une trentaine d’années plus tôt.
J’ai regardé autour de moi. Le grenier n’avait pas changé du tout. Tout était à la même place : le gros grimoire familial était posé sur l’autel au milieu de la pièce, le miroir étrange à côté de la fenêtre, l’armoire à ingrédients était toujours dans le coin derrière l’autel. Même le chaudron posé sur la table n’avait pas bougé d’un centimètre.
Après avoir fait le tour, je suis descendue au premier étage. Rien n’avait changé non plus, si ce n’est que les chandeliers en or posés sur l’appui de fenêtre avaient retrouvé toute leur brillance et ils étaient surmontés de grandes bougies blanches.
Ma visite se poursuivit dans le salon où de grands fauteuils style renaissance, de couleur rouge et bien moelleux, disposés en carré avaient remplacé les vieux sièges verts et abîmés.
A la place de la télé se trouvait une belle fontaine avec des photos tout autour. Il y en avait neuf en tout. Elles étaient disposées en triangle. Les deux du fond représentaient mes grands-parents. Une à leur mariage, l’autre sûrement lors d’un voyage. Ils paraissaient heureux ensemble.
Devant celle de leur mariage, à gauche de la fontaine, se trouvait la photo d’un mignon chat noir tandis que de l’autre côté il y en avait une comportant une jeune fille.
Les quatre autres étaient également celles d’enfants, apparemment classés par âge. La plus âgée au fond et la plus jeune devant, à droite de la fontaine.
Au sommet de cette pyramide de photo, toute la famille, ainsi que le chat, posait gaiement dans une ambiance calme et chaleureuse.
Je supposais que le couple était mes grands-parents et que les filles étaient mes tantes et ma mère.
La maison qui ressemble maintenant à une maison hantée était devenue un château de conte de fée.
Je suis sortie dans le jardin afin de rencontrer ma grand-mère en espérant qu’elle saurait comment me reconduire chez moi. Une fois arrivée près d’elle, je me suis présentée ainsi que ma situation. Elle m’a dit de la suivre dans le grenier pour être sûre de ne pas être entendue de ses filles qui, étant trop jeunes, ne connaissaient pas encore le secret.
Au grenier, elle m’expliqua que j’avais fait un saut dans le temps et que pour revenir à mon époque, il me suffisait de penser à une personne et à la date à laquelle je voulais revenir.
Cela paraissait simple, mais je n’étais pas beaucoup rassurée étant donné le gros échec de mon essai précédent.
Après l’avoir remerciée, je lui ai demandé laquelle des cinq filles était Marie-Ange.
« La petite brune avec son bonnet rouge » me dit-elle. J’ai regardé par la fenêtre et compris enfin pourquoi tout le monde disait que je ressemblais beaucoup à ma mère quand elle était petite.
Après une dernière respiration de cette merveilleuse ambiance, je me suis placée au centre de la pièce et sous le regard confiant de Bonne-maman, j’ai fermé les yeux en pensant fort à la date et à mes tantes.
Lorsque j’ai rouvert les yeux, tout le monde était autour de moi, j’avais enfin réussi à retourner chez moi. Maman me demanda où j’avais atterri. Je lui répondis qu’elle était plutôt mignonne avec ses longs cheveux bruns et son bonnet rouge enfoncé sur la tête. Elle me regarda fixement puis sourit.
J’avais également réussi cette épreuve mais avec une petite variante.
Les tests étant terminés, Sandrine et moi avons décidé d’aller boire un peu puis de visiter plus profondément ce grenier rempli de matériel, de livres et de magie.
Trois heures de plus tard, Bonne-maman et ses cinq filles arrivèrent.
Marie-Noëlle, l’aînée, nous demanda de nous asseoir par terre, les genoux au sol, les mains sur les cuisses et la tête baissée.
Annick s’avança à son tour et nous remit un livre à chacune.
Maman nous apporta une petite boîte qu’elle déposa délicatement devant nous.
Christine nous donna une lettre et Isabelle annonça que la cérémonie allait commencer et plaça une bougie blanche devant nous.
Puis, tout à coup, toutes les lumières s’éteignirent. Seule restait la lumière des bougies qui éclairait nos deux visages.
Bonne-maman s’avança doucement et commença à parler. J’étais tellement stressée qu’à chaque pas qu’elle faisait, je croyais entendre une explosion.
Puis, elle s’arrêta devant nous et posa ses mains sur nos têtes. Elle nous dit que l’on avait réussi les épreuves et que nous étions acceptées dans la Famille. Elle se rapprocha doucement de Sandrine et lui posa cette question :
« La vie n’est pas simple, elle se compliquera encore. La Famille t’a accueillie mais tu as encore le choix. Tu peux refuser tes pouvoirs ou les accepter. Si tu refuses, ils te seront confisqués pour toujours. Si tu acceptes, tu dois jurer de ne révéler ton secret à personne. Maintenant, tu dois choisir. Que fais-tu ? ».
Sandrine réfléchit un moment puis dit, tremblante, qu’elle acceptait. Bonne-maman lui sourit et lui annonça que son pouvoir principal était celui de la matérialisation. Sandrine paraissait être aux anges.
Ensuite, ce fut mon tour. Je me mis à peser les pours et les contres de cette nouvelle vie. Tout semblait se mélanger dans ma tête. Je mourais de chaud, tremblais beaucoup, j’avais l’impression d’avoir de la fièvre.
Puis, tout à coup, un mot sortit de ma bouche sans que je m’en rende compte. Je ne savais pas moi-même ce que j’avais prononcé. Mais lorsque Bonne-maman me dit que je possédais le pouvoir de l’incantation, je me suis sentie extrêmement soulagée et heureuse.
Puis, Bonne-maman se remit devant nous et annonça bien fort qu’à partir de ce jour nous étions officiellement des sorcières de la Famille Klein. Pendant que ses cinq filles applaudissaient, elle fit apparaître un vieux parchemin de papier et un stylo doré et nous dit que c’était la dernière étape pour être définitivement acceptées. Sandrine s’approcha, prit le stylo et signa. Quand je sentis le stylo entre mes doigts, un grand doute revint en moi. Mais en voyant Sandrine si heureuse, je me dis qu’après tout ce ne devait pas être si terrible et d’une main sûre, j’ai également signé. Voilà, nous étions officiellement des sorcières.
Bonne-maman nous dit ensuite d’ouvrir les enveloppes que Christine avait données. Dedans, il y avait une lettre qui nous avertissait de notre inscription à l’école de magie de l’autre monde. Il y avait également une invitation à la réunion d’accueil du 3 janvier. Toutes les premières années et leur Famille étaient invitées. J’espérais au fond de moi qu’il ne s’agissait pas d’une réunion du genre que l’on a dans les écoles normales, avec un discours de trois heures. L’espace où aurait normalement dû figurer l’heure était vide. D’après Christine, les directeurs ne décidaient de cette information qu’à la dernière minute.
Maman nous dit à son tour d’ouvrir la petite boîte qu’elle nous avait apportée juste avant le début de la cérémonie. A l’intérieur se trouvait une petite fille roulée en boule qui dormait paisiblement. Elle se réveilla lorsque l’on ralluma la lumière. Elle paraissait avoir neuf ans et n’était pas plus haute qu’un poing… Elle me sourit en me faisant de grands signes de main, puis me dit doucement qu’elle s’appelait Tiya.
Elle portait un pantalon bleu turquoise avec un petit haut de la même couleur. Ses cheveux noirs étaient attachés par une queue et se laissaient pendre jusque dans le bas de son dos.
Sandrine avait également une petite fille. Blonde et qui portait des vêtements identiques à ceux de Tiya mais roses. Elle se prénommait Sima.
Maman nous expliqua qu’il s’agissait d’Ailier. Ces petites créatures de l’Autre Monde naissaient dans des fleurs spéciales que l’on ne trouvaient qu’à un seul endroit : la boutique de base des sorcières. La vendeuse s’en occupait. Elle les nourrissait, les habillait, leur trouvait un nom et apprenait à les connaître. Lorsqu’un membre de la Famille venait à la boutique pour acheter une Ailier, la marchande demandait un maximum de détail afin de trouver la petite fille qui s’entendrait le mieux avec la future sorcière. Les Ailiers servaient d’aide et de conseillère aux magiciennes. Elles leur tenaient également compagnie et, une fois dans la Famille, devenaient un membre à part entière de celle-ci.
Ce fut le tour d’Annick de nous présenter ce qu’elle nous avait donné, le livre. Il était aussi épais qu’un bottin de téléphone et avait une large couverture brune incrustée d’une belle pièce bleue. En l’ouvrant, je découvris que sur la première page était inscrit en lettres dorées « Grimoire magique d’Emilie Klein ». Le grimoire était rempli de formules, de mélanges et de bien d’autres choses.
A la fin se trouvait une page pour marquer les résultats de nos examens au cours des six années d’études. Après cette page, restaient une dizaine de pages, toutes étaient blanches. Annick nous dit que si l’on créait de nouvelles choses, elles s’inscriraient à cet endroit, on pouvait également y écrire des notes importantes, …
Après avoir remercié tout le monde, maman et moi sommes retournées à la maison. Les garçons semblaient n’avoir même pas remarqué que nous nous étions absentées toute la soirée. Je suis donc montée directement dans ma chambre, j’ai déposé mes affaires dans mon armoire après les avoir regardées une dernière fois, j’ai sorti Tiya de sa boite puis je me suis laissée tomber sur mon lit.
Malgré ma fatigue, j’ai eu du mal à trouver le sommeil. Il fallait aussi prendre garde à Tiya qui était venue se poser sur mon oreiller pour dormir. La nuit passa lentement et le lendemain, j’ai décidé que Tiya dormirait dans la vieille maison de Barbie qui traînait à la cave. Elle semblait très contente de son nouvel habitat. Elle avait également pris un Ken et un petit chat pour faire comme si elle avait une famille. Entendre Tiya jouer à la femme au foyer était beaucoup plus distrayant que n’importe quelle série télévisée : elle grondait le chat quand il n’utilisait pas sa litière et demandait à son Ken – qu’elle avait appelé Georges – comment s’était passée sa journée au travail.
Malgré le fait que Tiya avait maintenant son propre lit, mes nuits étaient toujours autant agitées. Un rêve étrange monopolisait mon sommeil. Toujours le même : un jeune garçon avec des cheveux noirs discutait avec moi dans le jardin de ma grand –mère. On était en train de faire de la magie en discutant de nos écoles respectives. Il allait dans une école de démon, il n’avait pourtant pas l’apparence de ceux que l’on voit habituellement à la télévision ou dans les livres. Plusieurs fois, j’ai repensé à mon rêve et quelque chose me tracassait : j’avais l’impression d’avoir déjà vu le garçon quelque part. Pendant mes temps libres, je fouillais les moindres recoins de ma mémoire afin de me rappeler qui il était. Le reste de la journée était consacré à la magie. Tous les jours, toute la famille se réunissait afin que Sandrine et moi apprenions à mieux connaître nos pouvoirs et également les quelques applications de base.
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